Un jour, Une ferme (Janvier-février 2011)

Lorsque son père part en pré retraite, Jean-Claude Deltreuil, dit Coco a 21 ans. En 1984, il reprend le flambeau et s’installe dans la ferme familiale de la Tuillière, à Fanlac, au coeur de la forêt Barade, à une dizaine de kilomètres de Montignac.
 
J’arrive un dimanche en plein après midi, le repas s’étale et malgré l’heure tardive, le café n’est pas encore servi. On sent que, chez les Deltreuil, la table est toujours mise pour les copains qui passent. Le petit dernier dans les bras, Amandine m’accueille avec son grand sourire et m’offre le café.
 
Véronique : Alors, l’agriculture te passionne depuis toujours ?
Coco : Je travaillais pas bien à l’école … et je suis passionné de machinisme !
Véronique : Tes parents étaient dans quelles productions ?
Coco : Polyculture-élevage, vaches laitières, foie gras en vente directe.
Véronique : Et toi, t’as amené ta petite touche personnelle quand tu es arrivée ?
Coco : Oui, j’ai multiplié la production par plus de trois pour arriver à 280 000 litres de quota laitier et 70 ha jusqu’en 1997. Et là, j’en ai eu marre, j’ai décidé de tout arrêter ! Pourtant c’était moderne : gestion informatisée de la nourriture avec collier magnétique et toutes les options ! Mais j’avais envie d’autre chose, faire du théâtre,… Je suis resté 6 mois sans bête, et puis j’ai constitué progressivement un troupeau de vaches allaitantes jusqu’à 72 aujourd’hui.
Entre temps, un chamboulement plus important survient dans sa vie : Amandine apparaît telle une fée de la forêt Barade !
Véronique : Et toi, tu as apporté ta petite touche personnelle aussi ?
Amandine : Oui, on est passé en bio et on a fait 4 enfants ! Un copain de Coco n’arrêtait pas de lui dire que ça lui irait bien !
Véronique : Quoi, le bio ou les enfants ? !
Amandine : Les deux !
Véronique : Tu es du milieu agricole toi aussi ?
Amandine : Oui et non, mes parents travaillaient à la ville puis ils se sont mis à faire des légumes bio. Moi aussi j’adorais le machinisme, on se bat pour monter sur le tracteur !
Véronique : Vous vous répartissez les tâches ?
Amandine : Non, on fait tout ensemble ! la gestion, l’élevage, le tournesol qu’on transforme en huile et tourteaux et la vente directe de la viande…
Justement, quelqu’un arrive à la porte.
Amandine : Ah ! C’est Michel, va le servir Coco !
Ici, les clients viennent autant pour la viande que pour l’ambiance ! Le dimanche, le labo n’est pas fermé, il y a juste gâteaux et café en plus !
Véronique : Et les canards dans tout ça ?
Amandine : A la naissance de notre 2è enfant, on a laissé tomber le foie gras, une fois que la transition financière entre le lait et la viande était assurée.
Coco : A partir de 2004, on a gagné en autonomie en pressant le tournesol : d’un côté l’huile pour le tracteur et pour la vente, de l’autre le tourteau pour les vaches. En 2008, l’effet de la crise se fait sentir, on décide alors de vendre la viande nous mêmes. On a commencé à découper quelques bêtes, ça a bien marché, alors on a investi dans une bascule étiqueteuse, une sous-videuse et on fait appel à un boucher professionnel. On ne fait pas de caissette, nos clients peuvent choisir leurs morceaux !
Chez les Deltreuil, travailler c’est vivre, vivre c’est travailler, c’est partager !
Véronique : Par internet ?!
Amandine : Ma pauvre, le haut débit n’a pas encore passé la forêt Barade ! Non, les gens téléphonent, on a de moins en moins besoin de faire de publicité. La vente se fait tous les 2 mois et pendant 15 jours, on ne fait que ça : la vente. ça prend du temps, mais on valorise bien mieux tout en faisant des prix intéressants pour les clients.
Coco : Moi je fais une grande tournée pour avertir de l’abattage des bêtes, comme ça, je vois du pays, je rencontre des gens et on vend quasiment toute notre production. C’est le seul travail qu’on ne fait pas ensemble.
Amandine : En plus, les rentrées sont plus fréquentes, ce qui assure une meilleure trésorerie.
Chez les Deltreuil ; travailler c’est vivre, vivre c’est travailler, c’est partager!  Et si c’était ça l’Agriculture Paysanne ?
Véronique Cluzaud
 
REPÈRES:
Au fil des années, cette ferme a gagné en autonomie et a ainsi échappé à la crise. Ici, on produit son bois de chauffage, ses légumes et sa viande. La vente directe leur a permis de sortir d’une mauvaise passe mais aussi d’enrichir leur vie sociale et de satisfaire leur attrait pour le contact avec les consommateurs.
 
SAU : 125ha
dont : -115 ha de prairie,
-10 ha de tournesol en rotation avec les prairies,
-3 ha de bois,
-un potager
2 UTH : le couple et le boucher occasionnellement
-Bovins viande : 54 mères et 60 génisses
 
Contact :
Jean-Claude & Amandine Deltreuil
Ferme de la Tuilière
24290 Fanlac
Tél. : 05 53 50 58 51
Publicités
Cet article a été publié dans Un jour, une ferme. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s