Un jour Une Ferme chez Marc Tinon et Claudine Russeil (octobre 2010)

  • Je suis gros (350 Kgs), mais ne suis pas obèse,
  • J’ai du gras mais c’est du bon gras (bourré d’omégas 3, 6, 9, d’acides aminés et d’oligoéléments…),
  • J’ai des dents qui dépassent mais ne suis pas un phacochère,
  • J’ai des tâches noires mais ne suis pas une girafe,
  • Je n’ai pas que le cul noir, mais ne suis pas tout rose,
  • On ne me transforme pas en jambon poly-phosphaté !

QUI SUIS-JE ?

Le chemin qui mène à la ferme, bordé de grandes fougères, donne tout de suite le ton : nous sommes déjà en Limousin, avec ses sols acides et ses paysages vallonnées de prairies et de combes humides, dans une zone assez boisée. Je m’arrête pour laisser passer quelques canards, un petit parc à cochons à ma droite, avec leurs tâches noires caractéristiques de la race “Cul Noir Limousin” : je suis arrivée à la ferme de Claudine Russeil et Marc Tinon, sur la commune de St Pierre de Frugie (nord-est de Thiviers).

C’est l’heure du café et autour de la table, Claudine et Marc ont beaucoup de choses à dire sur leur ferme, et ses récentes évolutions : la conversion à l’agriculture biologique depuis 2008, l’engagement dans le magasin de producteurs ouvert en avril et surtout le développement de leur élevage de porc cul noir Limousin, démarré en 2003.

Claudine : “Au départ le cochon “cul noir” c’est une idée à moi, un coup de coeur pour cette race ! dans l’esprit d’un engagement personnel de sauvegarde de race en voie de disparition ; en effet, cette race protégée est toujours en situation de sauvetage et chaque éleveur y participe activement, en lien avec LIGERAL (Livre Généalogique des Races Locales françaises), organisme qui gère tout le patrimoine génétique et généalogique de la race. Il aide l’éleveur dans la sélection selon des critères définis, et en fonction du taux de consanguinité qu’il faut arriver à abaisser de plus en plus afin que la race puisse être sauvée ; cela fait 12 ans que le programme de sauvegarde a été lancé. Il a fallu redémarrer à partir de peu d’animaux reproducteurs ayant subi des croisements avec des souches de race pure issues notamment de la cryo-banque de semences de verrat de l’INRA. La difficulté étant d’autant plus grande que l’insémination marche très mal chez les porcs Culs Noirs -comme on les comprend- ! Le deuxième volet important est de refaire découvrir cette viande qui avait été condamnée à cause de certains critères dont son épaisseur de gras, ou la durée de son engraissement qui est de 24 mois minimum.”

Marc : “C’est donc un cochon qui ne répond pas du tout aux critères de l’élevage industriel… il est beaucoup trop long à élever ! Puisqu’il faut 2 ans de plus pour obtenir des jambons secs à la qualité gustative particulière et rare !”

Claudine : “Mais à l’arrivée on a une viande exceptionnelle qui a du goût, du caractère… Nous vendons la viande fraîche sous vide, en caissettes, abattue et découpée dans une Cuma d’abattage et de transformation à St-Yrieix La Perche, la salaison des jambons et des poitrines à sécher se fait par la SA Andrieux en Haute-Vienne, nous commençons à avoir du jambon !”

Joignant le geste à la parole, Claudine m’amène une assiette, et après le café, je me suis retrouvée à déguster une tranche de jambon… c’est tout simplement un délice… Une viande savoureuse, parfumée, et néanmoins très fine, le gras est aussi très bon ! Des fois, c’est pas si dur que ça le syndicalisme !

Claudine s’investit beaucoup dans la vente directe en bio qui est en plein développement pour le porc mais aussi pour l’agneau, et participe activement au magasin collectif de producteurs -Boutique Saveur Nature- qui se trouve dans un local communal au coeur du village de St Pierre de Frugie, c’est Marc qui s’occupe des élevages et de la partie agricole.

Marc : “C’est finalement passionnant… bien que je sois un moutonnier à la base… et que je le reste au fond !”

Véronique : “T’as encore tes moutons ?”

Marc : “Oui, bien sûr, j’ai toujours mes moutons, ça reste quand même la base de notre ferme car au niveau valorisation des prairies et entretien des paysages, il n’y a pas mieux. mais une ferme qui était seulement axée sur les moutons devenait trop fragile, avec les difficultés de cette filière, il est important de se diversifier et de mieux valoriser pour avoir plus d’autonomie et assurer une viabilité.”

Véronique : “Mais cela fait beaucoup de changements en peu de temps, beaucoup d’investissement personnel ?”

Marc : “Oui et c’est passionnant, il y a beaucoup de travail, c’est pas toujours évident, cela prend du temps, de l’énergie… ce qui me motive c’est de pouvoir pérenniser la ferme, et éventuellement qu’elle soit transmissible, qu’elle puisse intéresser un jeune, c’est un projet à moyen terme qui a aussi été une motivation supplémentaire pour le passage en bio. Actuellement, dépendants pour 20 % dans l’alimentation des animaux, il faut encore améliorer l’autonomie, notamment en céréales puisque les cochons mangent uniquement des céréales aplaties sur la ferme. Et puis le lancement de vente directe de porc Cul Noir prend du temps, ce qui n’est pas facile au niveau trésorerie…”

Nous voici dehors, nous passons devant le gîte, très mignon, qui fait partie du réseau Accueil Paysan, les parcs sont juste en dessous, plein de petits parcs avec des cabanes car les cochons sont séparés par groupe, soit chaque truie reproductrice avec ses petits, soit par groupe d’âge ou encore par sélection de reproductrices(eurs). Tout est calme… pas de stress, pas de mauvaise odeurs. Nous continuons la visite avec Claudine car Marc doit commencer à soigner les animaux ; en cheminant, elle me dit que ça demande beaucoup de travail, et puis, la santé qui ne suit pas toujours.

Des paysans qui se battent pour une agriculture plus saine, pour maintenir la biodiversité dans nos élevages, commercialiser de la viande de qualité, la faire connaître et reconnaître à sa juste valeur auprès des consommateurs, nourrir ses voisins et être acteur de son territoire… et si c’était ça l’agriculture paysanne…

Véronique Cluzaud

Caractéristiques de l’exploitation

  • SAU : 70 ha
  • 12 ha céréales autoconsommées, le reste en prairie
  • Statut : exploitation individuelle.
  • Installation en 1986 à la suite de ses parents. Claudine l’a rejoint en 2002.
  • Ferme en location à une SCI familiale :
    • Une basse-cour et le jardin pour la consommation familiale.
    • 280 moutons en extensif.
    • 3 truies : Angèle, Anis et Tulipe sans oublier Astérix le vérat !
  • Et tout ce petit monde dans un esprit coopératif nous font une trentaine de porcelets dont 12 par an élevés pour la viande et pour certains, sélectionnés pour devenir de nouveaux reproducteurs ou reproductrices dans d’autres élevages certifiés de la race.
  • Les agneaux sont vendus en coopérative et depuis peu en direct, comme les porcs Cul Noir, vendus aussi en direct sur commande, à la boutique de producteurs et sur internet dans un site créé en 2009 : www.saveur-nature.com
  • La ferme participe activement à la Boutique de producteurs de St Pierre de Frugie et à Accueil Paysan 24, et est en lien avec ses clients, la Cuma pour la transformation, le groupement pour la vente d’agneaux, et le Parc Naturel Régional Périgord Limousin…
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