Un paysan basque en Périgord ! (mars – avril 2011)


Ce n’est pas vraiment par choix que Nicolas s’est retrouvé en Périgord, à la limite du Lot, entre Borréze et Gignac, c’est parce qu’il n’a pas trouvé de ferme à reprendre au Pays Basque! Là-bas aussi l’accès au foncier pour les «hors cadre familiaux» est difficile et il y a sans doute encore plus de pression qu’ici, du fait de  reprises familiales plus nombreuses, de l’agrandissement, du prix, et d’autres facteurs encore…

A vrai dire, je connaissais déjà Nicolas car j’étais allée le voir quand il allait reprendre la ferme de Bernard Fumat, un copain de la Conf’.

Véronique : Comment as tu débarqué en Dordogne ?

Nicolas : “C’était en 2008, je cherchais à m’installer un peu partout en France, et j’ai trouvé cette ferme par le répertoire à l’installation. Je suis venu, ça m’a plu et je suis resté ! Mais mon projet initial c’était de m’installer en brebis en Pays Basque ! mais n’étant pas fils de paysan je n’ai pas trouvé de ferme qui convenait.”

Malgré la volonté du cédant, la transmission reste difficile, un grave accident au cours du stage parrainage  retardera encore l’installation de Nicolas, qui avec courage et détermination ne baisse pas les bras et s’installe finalement en 2010.

Nicolas : “Pour moi, le dossier a été très long…
J’ai acheté les chèvres, le hangar et le matériel, les terres sont en fermage ; 90 chèvres de race «alpine» qui me donnent 200 litres de lait par jour, sur un système pâturage et foin, un peu de complément provenant de l’extérieur ; je n’ai pas assez de recul pour savoir si je suis complètement autonome en herbe.
Actuellement je vends tout en laiterie mais mon projet c’est de faire de la tomme, je veux faire de la tomme basque ici, je sais ce que je veux comme fromage, j’aimerais arriver à sortir la croûte grise…”

Véronique : Et ta fromagerie, elle en est où ?
Nicolas : “Avec le retard dans mon dossier, elle n’est pas commencée, mais c’est pour bientôt, cet été sans doute.”

Une partie du hangar que Nicolas a acquis où il y a la salle de traite et la chèvrerie, va être aménagée.
Nicolas : “Je ne vais faire que de la tomme, car y’a plus de liberté de stockage, ça laisse du temps pour le vendre, et puis il y en a moins par ici… je vais aussi construire une salle d’affinage, sans bois car on n’a pas le droit !”

Véronique : Comment comptes-tu commercialiser ?
Nicolas : “Je vais vendre une partie par mon père qui est commerçant en épicerie fine, et le reste … à voir….”

Véronique : Tu sais faire le fromage ?

Nicolas : “J’ai fait une spécialité en fromagerie, et j’ai beaucoup de stages pratiques en brebis, élevage et transformation.”

Véronique : Et comme formation agricole ?

Nicolas : “Après un B.E.P  et un Bac Pro Agricole à St Jean Pied de port, je suis parti en B.T.S axe à Vic en Bigorre, que j’ai brillament raté ! Mais j’ai appris au moins une chose, c’est qu’on ne peut pas faire la fête et travailler ! ça peut servir pour la suite…”

La bergerie donne sur un grand parc de 3 ha, les chèvres sortent toute la journée, d’où elles partent sur d’autres parcs (bois…).
Pendant que nous parlons, elles viennent tranquillement autour de nous, elles sont très belles, tranquilles, et restent, trop contentes semble t-il qu’on soit là, et de se faire photographier !

Nicolas : “En chèvre, j’ai tout découvert ici, et bien qu’en élevage ça soit assez proche des brebis, leur comportement est très différent, c’est plus affectueux, c’est peut-être un peu plus précis… Finalement j’aime beaucoup les chèvres.”

Nicolas sait que ce ne sera pas facile et qu’il n’a pas droit à l’erreur, et même s’il est confiant, il reste réaliste :

Nicolas : “Je suis assez endetté par rapport à la petite taille de ma structure.”

Nous ne pouvons repartir sans boire un verre chez lui, mais il faut prendre la voiture, car il ne peut habiter sur la ferme et loue un logement à quelques kilomètres… Nous entrons, le drapeau basque est en bonne place dans la cuisine !
Nous parlons de la vie, de cet éloignement avec la famille et le pays, il attend un cousin qui vient passer le week-end, un peu de Pays Basque qui vient à lui !

Nicolas : “Mais je me plais ici !”

Nous sommes heureux d’accueillir en Dordogne un nouveau paysan, et un nouveau militant, basque qui plus est ! Nous lui souhaitons la réussite dans son projet, et bonne chance, car il a déjà affronté beaucoup de difficultés pour une installation à peine commencée ! Pour autant Nicolas ne s’est pas replié sur lui même et il vient de rentrer au Comité Départemental de la Conf, je lui demande ses motivations par rapport à l’engagement syndical.

Nicolas : “Politiquement ça me correspond mieux, depuis que je m’intéresse à l’agriculture, je m’intéresse aux idées de la Conf’; et au Pays Basque t’es tout de suite dans le bain, la plupart des copains étaient à E.L.B (Conf’ Basque) ! et puis faire du syndicalisme c’est important, il ne faut pas rester seul… On ne doit pas rester seul à défendre la petite agriculture.”

Véronique Cluzaud

Quelques repères :

  • 1 U.T.H
  • 13 ha de prairie et 12 ha de bois, en fermage
  • Une centaine de chèvres race alpine (projet de monter à 130 )
  • Une bergerie avec salle de traite et fromagerie, en cours en propriété.
  • 200 litres de lait/jour vendu en laiterie (arrêt déc-Janvier) avec projet de transformation à la ferme en fromage affiné.
  • Pâturage, foin sur la ferme, compléments achetés
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