EARL Les Folies Chevrières chez Anaïs et Christophe Roux

Deux départs en retraite , deux installations et un poste salarié ! Et si c’était ça l’agriculture paysanne…

Christophe et Anaïs arrivent en Novembre 2007 au Beuil, sur la commune de Razac d’Eymet , chez Jean-Louis Pabois et Jacques Chèvre (bien connu de nos services !) « L’affaire » se fait vite, dans l’enthousiasme mutuel, si bien que le jeune couple, leurs deux enfants et leur troupeau de chèvres s’installent au Beuil en juin 2008.

Anaïs et Christophe ont eu un démarrage pour le moins difficile et traumatisant, tout juste arrivés avec leur troupeau, ils ont du se plier à cet absurdité de l’abattage total du troupeau suite à un cas de tremblante. D’autant plus insupportable qu’injustifiable…

Christophe : On a eu les moyens de repartir… financièrement, mais ce qui a été détruit a été détruit… ça change la vision des choses, avant je connaissais toutes mes chèvres par leur nom, maintenant c’est fini… Et nous pensons toujours qu’en plus de tout le reste, c’est un gaspillage d’argent public énorme. La tremblante… il faut y passer pour savoir dans quel monde on vit… si ça arrive à un collègue je serais mieux armé.

Anaïs : C’est sûr ça n’a pas été facile… mais ça a joué sur notre évolution, notre façon de voir la vie, d’aborder le travail, de se raccrocher à ce qui va bien… du coup nous avons eu du temps, alors nous avons modifié le bâtiment en pensant à l’amélioration des conditions de travail. Christophe, lui, sa passion c’est les chèvres, moi je me suis orientée sur la transformation après avoir fait une formation en transformation fromagère.

Nous visitons le labo flambant neuf qui se situe à côté de la chèvrerie, et poursuivons par une dégustation. Anaïs se défend fort bien déjà : les différents fromages sont excellents ! Elle les vend en direct sur des marchés et à la ferme et à des magasins de producteurs.

« tout est passionnant, mais les journées ne font que 24 heures ! »

-Véronique : Anaïs ça fait beaucoup tout ça, la transformation, les livraisons, les marchés, les papiers, non ?

A : C’est vrai, ça fait beaucoup, même si tout est passionnant, tout est intéressant… Les journées ne font que 24 heures ! Les enfants sont jeunes, il faut encore beaucoup s’en occuper, c’est moi qui m’occupe plus d’eux mais quand j’ai pas fini ici, Christophe prend le relais au labo… on s’organise !

Christophe lui, va bientôt commencer la traite, sa vocation agricole, Christophe l’a découverte très tôt, bien qu’il ne soit pas du milieu agricole :

« Depuis tout jeune passionné d’agriculture, grâce à un grand oncle, je me suis orienté vers des études agricoles et j’ai fait des stages dans plusieurs productions, mais c’est en LotetGaronne chez un chevrier que j’ai trouvé ma vocation ! « les chèvres ça a é une révélation ! »

L’installation de Christophe n’a pas été un parcours facile : en 2003, une première installation en G.A.E.C, qui ne durera que trois mois… Mais, fort de son intégration dans le milieu agricole, ayant été salarié agricole et contrôleur laitier pendant plusieurs années, Christophe parvient à s’installer à nouveau en chèvres, hors-sol, sur un bâtiment en location… et pour financer l’achat du premier troupeau, 10 agriculteurs lui apportent leur soutien en se portant caution pour son emprunt :

« Moi je peux témoigner de ce qu’est la solidarité agricole ! Ces gens m’ont fait confiance »

Ils ont eu raison, Christophe est un actif, un passionné… il s’investit aujourd’hui sur un projet plus large que l’élevage, faire plus de cultures, défendre la filière : « Notre but c’est d’arriver à être plus autonome en nourriture, ça serait bien d’avoir une rotation céréales à paille-luzerne-maïs. Je gagnerai mieux ma vie, l’autonomie c’est important, car l’aliment représente une grosse charge, on l’a bien vu , suite à la sécheresse… en plus on est tributaire des fluctuations du marché. Mais l’autonomie, ça demande plus de travail et plus d’investissements.

« le plus dur quand tu t’installes c’est le financier ! »

Quant aux problèmes du marché du lait de chèvre, Christophe les analyse et les dénonce, il vient d’ailleurs de prendre des responsabilités au syndicat caprin 24 :

« On va manifester mercredi, de graves menaces pèsent sur les prix : en présence de stocks importants, nous sommes face à des pays européens qui bradent le lait, en particulier espagnol et hollandais, qui n’ont pas du tout les mêmes règles, pas les mêmes charges, des banques différentes… et la culture de vendre à tout prix! Des ateliers de plus en plus immenses et la règle du libre marché, d’où l’importance de défendre des fromages de niche avec une qualité, des fromages de terroir.. »

Quant aux difficultés financières, et aux difficultés administratives, s’ajoute l’injonction sanitaire la plus injustifiée et débile qu’il soit, il faut être de bonne trempe pour s’en sortir. Il est sûrement indispensable d’être entouré, et ils l’ont été, ils ont eu tout au long de leur parcours des gens, et aussi des institutions pour les aider et les soutenir ….

Entourés, courageux et motivés, ils ont réussi une installation solide et cohérente, au prix tout de même de beaucoup de travail et d’un certain nombre de sacrifices, et devraient trouver un bon équilibre professionnel, malgré les incertitudes de la conjoncture actuelle.

Mais pour un qui résiste, combien jettent l’éponge? Avant même parfois de parvenir à s’installer.

Je ressens une grande maturité et une grande force chez Anaïs, une grande passion et beaucoup d’énergie chez Christophe, je vois un couple solidaire dans la passion et la difficulté… Faut-il des gens si exceptionnels pour repeupler nos campagnes. L’agriculture ne serait elle plus faite pour des gens ordinaires ?

 Véronique Cluzaud


EARL, deux associés et un salarié à plein temps :

  • 250 chèvres, les chevreaux sont vendus à une semaine
  • 14 hectares en propriété, 46 hectares en location : 19 hectares de prés et luzernes. 41 hectares en cultures céréales
  • 90% du lait vendu à la Picandine pour la marque « Cabécou du Périgord »
  • 10% du lait est transformé : fromages vendus sur 3 marchés hebdomadaires et trois magasins de producteurs : « Paniers de saison » à la Lamonzie-St-Martin,  « Les croquants » au Coux-et-Bigaroque,  « Localement vôtre » au Buisson-de-Cadouin.
  • Vente directe à la ferme, de 17h à 19h.
  • Une partie du matériel est en CUMA, dans laquelle Christophe a des responsabilités.

Le Conseil Général de la Dordogne a participé à l’installation d’Anaïs et Christophe.

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