2012/01/11 – Être paysan aujourd’hui, pour moi, c’est quoi ?

Choisit-on d’être paysan, ou le métier vous choisit-il ?

Hervé est installé HCF depuis 30 ans, il a décidé d’être paysan à l’âge de 15 ans. A l’époque ses choix ont été mal compris par sa famille. Il a donc été salarié agricole avant de passer un BTS Production Animale par correspondance. Il pense avoir choisi réellement un métier, plus qu’une vie. Il s’est installé à 22 ans. Pour lui, le plus difficile dans ce métier c’est d’avoir la capacité à encaisser les coups durs (chutes des prix / climat / accidents etc.) Dans les années 80, autour de lui, beaucoup de paysans ont fait faillite et lui même a eu beaucoup de difficultés.

Thibault a choisi ce métier parce que ce n’était pas un métier « matérialiste », pour « se rapprocher de l’évidence ». Pour lui, être paysan c’est être en rupture par rapport aux valeurs dominantes du monde. Aujourd’hui, être paysan est un choix et plus comme avant où cela semblait plus « obligatoire ».

Muriel n’a pas choisi ce métier, elle a simplement choisi d’être autonome, finalement « être paysanne c’était un moyen social de vivre comme je voulais », la démarche à la base n’était pas professionnelle mais intellectuelle.

Les investissements :

Hervé (installé avec 800 brebis laitières) insiste sur le fait que sur une ferme, il est nécessaire de faire des choix techniques, de développement ou non de l’exploitation mais que personne n’oblige le paysan à faire ces choix là. Le choix du mode de vie est cependant soumis à la rentabilité de l’exploitation.

La période de salariat peut être un bon moment de formation. Pour Yvan, il est possible de se sentir paysan tout en étant salarié.

Être paysan : une liberté ? 

Une des motivations principales de l’installation semble être le fait d’être son propre patron. La notion d’autonomie dans les choix de décision comme dans le système de production est un élément important. Choix de vie- être paysan, c’est choisir une vie paysanne, Nicolas témoigne du fait que pour lui, cela est difficile de ne pas vivre directement sur la ferme puisqu’il a l’impression de ne pas mener cette vie là jusqu’au bout.

Le fait d’être paysan semble être pour beaucoup un mode de vie complet, quotidien, bien plus qu’un simple métier : « être paysan, c’est obsessionnel »

Pour Sylvain, qui prend la suite de ses parents, la question d’être son propre patron ne s’est pas posée en ces termes puisqu’il a toujours vu ses parents travailler sans patrons. Cependant, lorsque l’on est fils de paysan, la pression est différente mais elle est bien là, parce qu’il faut être à la hauteur de maintenir l’exploitation familiale.

Comment se sent-on paysan lorsque l’on est HCF ?

Aux yeux de certains HCF présents, les paysans « de souche » apparaissent plus modernes qu’eux dans leur mode de vie. Or précisément, ils ne souhaitent pas mettre en place une vie ni une activité orienté vers le progrès technique.

La question des compétences :

Être paysan nécessite des connaissances pratiques dans beaucoup de domaines. C’est gérer une entreprise. Le métier est attirant parce que l’apprentissage est continuel. C’est aussi à force de pratiquer que l’on se sent paysan et c’est aussi grâce à cela que l’on devient paysan dans le regard de l’autre, notamment des confrères. Les activités à entreprendre sont multiples (gestion, cultures, mécanique etc…)

S’intégrer dans un monde :

Le milieu agricole n’est plus homogène, les paysans ne se ressemblent pas, leurs fermes non plus. Ils sont minoritaires dans le milieu rural. L’intégration est parfois difficile, d’autant plus que les gens « qui t’intéressent » sont parfois peu nombreux. La vie rurale aujourd’hui est bien différente de celle d’avant, beaucoup de jeunes souhaitent échanger des coups de main entre paysans, sans pour autant vivre en communauté.

Paysannerie ou agriculture ?

La paysannerie a pour composante l’autonomie alimentaire, c’est un certain retour en arrière « la paysannerie c’est une certaine nostalgie ». Lorsque les pratiques sont trop différente, il semble difficile de collaborer avec les voisins agriculteurs, les échanges ne sont pas toujours très bons. Pour avoir des contacts avec les confrères, il est nécessaire d’être reconnu comme tel. Aujourd’hui, l’agriculture est guidée par la compétition, la croissance, le progrès technologique, à l’image du monde dans son ensemble. Les citadins semblent trouver bucoliques les petites fermes, mais la reconnaissance par le milieu se fait par la reconnaissance dans la valeur travail qui semble très importante dans ce milieu. Culturellement, les jeunes paysans présents ne semblent pas se reconnaître dans un milieu agricole très ancré localement « Ils vont en boîte ». La paysannerie est empreinte de « valeurs nobles » : produire à manger, faire des choses propres, aujourd’hui, les gens ne se rendent pas compte que les agriculteurs les nourrissent « c’est le loisir qui est sacré, pas la bouffe ».

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