Un café mandarine avec Andi

Ce soir Andi Purba peut tranquillement prendre un verre avec nous, la récolte de mandarines s’est bien déroulée. Ce jeune homme de 32 ans est membre du réseau Couchsurfing et accueille donc des voyageurs étrangers régulièrement chez lui, à Lingga au pied du silencieux volcan Sinabung à Sumatra. Dormir dans un village reculé d’Indonésie chez un paysan parlant couramment anglais, une situation aussi improbable pour nous que le fait d’être devenu paysan pour Andi.

Il avait décidé de ne pas marcher dans les pas de son père, pasteur de l’Église pentecôtiste d’Indonésie, et avait étudié l’économie et la physique à l’université de Surabaya à 2 000 km de Lingga. Il n’avait pas voulu faire comme son frère non plus, qui une fois ses études abandonnées était retourné auprès de leur famille et avait pris en charge une plantation de mandarines d’un peu plus d’un hectare. Andi avait poussé encore plus loin, jusqu’à Bali où il travailla comme guide touristique dans les stations de plongée sous-marine. Après avoir perdu son travail, il était revenu à 4h de Lingga, à Medan, la plus grosse ville de Sumatra avec ses quelques 5 millions d’habitants. L’entreprise de travaux publics créée avec deux copains a rapidement périclité, et avec l’amitié des 3 compères fondateurs et la sérénité d’Andi.

« Vivre au village est comme un refuge mental » explique le jeune homme qui y est retourné depuis quelques mois. Il a pris la responsabilité de 7 000 mètres carrés de plantation de café et de mandarines juste à côté des champs de son frère. L’agriculture et le retour au village sont pour lui une manière de retrouver une stabilité personnelle, d’échapper au stress de la vie urbaine et de tirer un trait sur la banqueroute de son entreprise. Andi retrouve du calme et du sens dans le fait de se concentrer sur les soins aux caféiers et aux mandariniers qui avaient été délaissés dans le passé. S’il est le bienvenu dans sa famille, ses amis et ex-collègues travaillant aujourd’hui dans des bureaux d’entreprise ou d’administration dans les grands centres urbains ne comprennent pas toujours son choix paysan. Rentrer au village, dans un milieu traditionnel et fermé, sous le contrôle des parents, pour se casser le dos sous le soleil et ne rien gagner, pourquoi ? En Indonésie, l’exode rural est massif, et faire le choix de s’installer en dehors du cadre familial est pour le moins atypique. Andi est conscient de l’image arriérée du métier de paysan et des réelles difficultés de la profession, mais il espère pouvoir en vivre dignement et ne pas renoncer à ses intérêts personnels pour autant. Il est par contre certain d’avoir fait les bons choix et il mène aujourd’hui une vie qui lui correspond.

Les 300 mandariniers de la plantation peuvent produire jusqu’à 30 tonnes de fruits par an. 4 récoltes sont effectuées chaque année et les fruits vendus par la tante d’Andi dans son magasin de Medan à 80 km de là, ou bien envoyés par camions à Bandung, à près de 2000 kilomètres sur l’île de Java. Les prix varient énormément au cours de l’année, passant de 3 000 rupiahs (25 centimes d’euro) par kilogramme en période de récolte à près de 20 000 rupiah (1,7 euro) par kilogramme au moment de l’Aïd al-Fitr, la fête de rupture du jeune du ramadan. « Si tout va bien avec les récoltes et la vente cette année, je devrais pouvoir vendre pour 60 millions de rupiah (près de 5 000 euros, Ndlr.) », calcule Andi. Il estime qu’il pourrait dégager un revenu net approchant la moitié de cette somme. Les grains de café non décortiqués sont quant à eux vendus entre 25 000 et 30 000 rupiah (2 à 2,5 euro) le kilogramme, permettant de vendre pour plus de 12 000 euros de café dans les meilleures années. L’association de cultures permet à Andi de pouvoir vendre tout au long de l’année, puisque les périodes plus sèches profitent aux mandarines et les périodes pluvieuses au café.

Andi peut donc vivre confortablement en consacrant 4 jours par semaine à sa plantation, sur laquelle il mène des essais de culture avec ou sans fertilisation, avec des produits biologiques ou des fongicides et pesticides chimiques, en introduisant des ruches et en se faisant la main à la taille des arbres. « Au village, la vie c’est boire le café, parler des légumes et jouer aux échecs » ironise celui qui a connu l’émulation urbaine et ne troquerait à présent sa place contre rien au monde. « Le réseau Couchsurfing me permet de rencontrer des gens différents, ouverts d’esprit, et d’avoir des discussions variées. Et puis je me suis fait des amis parmi les autres membres indonésiens du réseau. 

Andi restera-t-il vivre dans son village pour produire des mandarines, du café et du miel, lui-même ne le sait pas. Il ne sait pas encore s’il peut trouver un équilibre entre vie sociale riche et calme de la vie paysanne. Mais il n’oublie pas que c’est en devenant paysan qu’il a trouvé sérénité et certitudes.

Jean-Cyril DAGORN

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